Des notices et coups de coeur

NOUVEAU:des-vies-en-rouge

      Paul BOULLAND, DES VIES EN ROUGE

Militants, cadres et dirigeants du PCF (1944-1981)

Editions de L’Atelier, 350 p. (2016)

 

Un beau titre que celui du livre que l’historien Paul Boulland,  co-directeur du Maitron, vient de consacrer aux Militants, cadres et  dirigeants du PCF de la Libération à 1981, à l’apogée du parti, grâce à de nouvelles sources. Fonds du PCF et quelques fonds du Centre Russe pour la conservation des archives en Histoire politique et sociale (RGASPI) de Moscou, pour l’essentiel, aboutissant à la constitution d’un corpus  de 1200 dossiers  souvent réalisés à partir des questionnaires biographiques régulièrement fournis en interne puisqu’il s’agissait « de s’expliquer…sans omettre le moindre détail qui puisse éclairer le parti auquel l’on ne doit rien cacher ».

Paul Boulland en dégage « des manières d’être communiste » évoluant au fil des débats voire des crises internes, loin d’une vision monolithique d’un parti stable voire immobile et sclérosé, incapable de se transformer. Ainsi peut-il cerner plusieurs périodes  dans la politique d’encadrement  du parti, « le recrutement et la reproduction des élites militantes ». Dans une première phase qui va jusqu’aux années 1960, on reproduit un modèle hérité de l’époque stalinienne faisant la part belle à l’ouvriérisme tout en « relisant » l’héritage résistant.  Une époque où la figure sinon le modèle reste Maurice Thorez (dirigeant de 1930 à 1964). Une seconde phase  court à partir des années 1970 où, malgré « une déstalinisation manquée », une stratégie d’ouverture voire de changement se fait jour dans le recrutement des élites communistes : ouverture aux « techniciens » ; comme dans l’approche théorique soucieuse de s’adapter aux transformations économiques et sociales. Le tout ne se faisant pas sans heurts, résistances et contradictions dans la constitution de « ce métier de cadre communiste ». Avec une nouvelle figure symbolique : celle de Georges Marchais.

Parmi « ces vies du parti » comme « ces vies des cadres du parti », on retiendra la place du « cœur du modèle partisan » à travers les fédérations de la région parisienne mais on pourrait les comparer à quelque figure « locale » comme Odette Roux  qui s’engagea dans les années trente et fut « du parti de Thorez » comme de celui de Marchais.

NOUVEAU

Julien BRYGO, Olivier CYRAN. Boulots de merde ! Du cireur au trader, enquête sur l’utilité et la nuisance sociale des métiers. La Découverte, 2016. 272p.

 Comme le titre le laisse entrevoir, cet ouvrage est le fruit d’un travail d’investigation de deux journalistes, eux-mêmes précaires, précisent-ils. La première partie du titre, lapidaire, renvoie à des articles parus récemment sur les « jobs à la con ». C’est là une expression familière mais qui traduit mieux ce que l’anthropologue libertaire américain, David Graeber, appelle les ‘bullshit jobs ». interviewé, celui-ci admet que quantité de professions sont visées mais de manière différente. Le point commun lui paraît lié à l’utilité des métiers pour l’ensemble de la société; les « bullshit jobs » lui apparaissent comme « quelque chose de fabriqué, sans racines réelles ». Ainsi s’explique la proximité du trader et du cireur de chaussures, comme quantité de professions qui se sont considérablement développées ces dernières années dans ce que les auteurs qualifient de « bureaucratie d’entreprise ».

 51clf-tjn9l-_sx303_bo1204203200_Ils déroulent alors une multitude d’entretiens qui renvoient à cette définition : de l’hôtesse d’accueil dans les salons (payée pour se taire) au distributeur de prospectus, à l’horaire arbitrairement précompté, jusqu’au contrôleur dans une société d’audit qui affirme devoir « examiner des opérations que l’on ne comprend même pas ». Même dans cette profession peu dévalorisée socialement, la souffrance au travail est présente. Elle l’est le plus souvent pour les boulots proposés dans la restauration rapide, la transformation alimentaire, toutes professions où les CDD sont légions. Citons aussi les enquêteurs employés sur plateforme qui empilent les contrats puisque ceux-ci sont délivrés pour chaque mission. Plusieurs personnes interviewées enfilent de petits contrats dans des professions variées. Stéphanie, par exemple, qui aboutit dans un magasin de vente de prêt à porter ne supporte pas de devoir vendre à tout prix, y compris à des clients à situation très précaire. Pour beaucoup, la souffrance liée aux conditions de travail s’ajoute à celle de faire souffrir les autres. A tous ceux-là s’ajoutent les sous-traitants souvent contraints d’exercer leur activité sous le statut d’autoentrepreneur non soumis au code du travail.

 Les professions plus valorisées n’échappent pas toujours à la déprime, tel ce banquier d’affaire australien qui avoue sur son blog se sentir « misérable » car « totalement inutile à la société ». On s’arrêtera donc, pour définir les « boulots de merde », à la formule : « Ces métiers ne produisent ni des biens consommables ni des services utiles ». Ce livre en dresse le constat dans un style alerte. Les derniers interviewés, trois gestionnaires de patrimoine, sont eux, très heureux de leur travail. Les auteurs nous adressent donc une mise en garde : ne pas confondre l’intérêt de quelques clients et celui de l’ensemble de la société.

 

 

 

 

 

 

 

 

Olivier LOUBES. Jean Zay. L’inconnu de la République.

 

 

O. Loubes Jea Zay Le 27 mai 2015 à Paris, en présence du président de la République, François Hollande, les cendres de Jean Zay sont transférées au Panthéon avec celles de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillon en tant que « grandes figures qui évoquent l’esprit de résistance ». Cet hommage suprême rendu à Jean Zay ne figure pas dans le dernier livre que consacre Olivier Loubes au ministre de l’Education nationale du Front populaire (1), mais il est certain que l’auteur en aurait mesuré et apprécié l’importance, lui qui conclut son ouvrage par cette phrase : « sa place la plus naturelle, la plus historique en tout cas est au Panthéon. Par ce qu’il fit et pour ce qu’il fut. » (2)

 En effet, tout au long de son livre, Olivier Loubes, historien de l’enseignement et de l’imaginaire politique de la société française, devenu l’un des plus éminents spécialistes de Jean Zay (3) sur lequel il travaille depuis 1991, s’efforce de nous démontrer pourquoi Jean Zay par son engagement dans la vie politique, par son action d’homme d’Etat au service de la République, par la force de ses convictions républicaines et humanistes, a sa place au Panthéon.

 L’immense intérêt de cet ouvrage est entre autre, de permettre au lecteur de découvrir un homme politique méconnu, une figure essentielle du XXè siècle, qui par son action au quotidien incarne et défend jusqu’au bout de sa vie les valeurs républicaines.

 Le livre est divisé en quatre grandes parties qui sont les quatre grandes parties de la vie de Jean Zay.

 L’auteur y suit un fil directeur qui est celui de Jean Zay qualifié d' »Homme – République« . Effectivement, tout au long de son texte, Olivier Loubes démontre que Jean Zay est républicain depuis toujours et le sera toute sa vie. républicain par héritage familial, héritier de la République radicale de son père, patriote et pacifiste après la guerre de 1914/1918. Républicain de par ses engagements de 1918 à 1936 : engagement aux Jeunesses laïques et républicaines, au parti radical, à la Ligue des Droits de l’Homme, à la Ligue de l’Enseignement et à la Loge maçonnique, élu député, engagement dans l’union des gauches qui va faire triompher le Front populaire. Républicain dans son rôle de ministre de Léon Blum et du Front populaire, et ceci jusqu’en septembre 1939, un ministère où il a mis en place ses idées pour l’école : démocratiser l’enseignement et la culture et mettre l’enfant au coeur du système éducatif. Républicain aussi par sa forte participation aux grandes réformes mises en place en 1936. Républicain enfin de 1939 à sa mort en 1944 où, fidèle à ses engagements politiques et patriotiques, il combat dans l’armée française contre le fascisme, et participe de l’intérieur de sa prison à Riom à la résistance clandestine. Sa mort le 20 juin 1944 assassiné par les Miliciens de Vichy fait de lui un martyr de la République.

 Dans la dernière partie de son livre, l’auteur mène une réflexion très poussée sur Jean Zay, la mémoire de Jean Zay et le lien qui unit jean Zay et la République. Il aborde successivement les différentes étapes et les explications de la constitution de la mémoire autour de Jean Zay, de celle qui ne voit que le républicain et oublie le résistant; il montre l’évolution et les difficultés, au fil de l’histoire politique de la France d’après – seconde guerre mondiale du lent cheminement de cette mémoire qui oublie parfois au début une part importante de son action pour ne voir que le martyr, qui passe sous silence durant près de 40 ans la responsabilité du régime de Vichy (4) pour ne voir – à tort – qu’une victime de la barbarie nazie et qui tarde à reconnaître officiellement le résistant à part entière.

 La lecture attentive de cet ouvrage est facilitée par de nombreux documents écrits inclus dans le corps des chapitres (extraits de textes de Jean Zay, de discours politiques, d’articles de presse, de circulaires ministérielles, de témoignages, etc…) et des photographies datées et légendées qui illustrent les propos de l’auteur.

 Elle nous permet de mettre en avant quelques aspects frappants de la personnalité de Jean Zay :

 Le jeune homme passionné de la vie et de la République : le parcours d’une vie intense et courte où la jeunesse des engagements étonne : avocat à 24 ans, député à 28 ans, ministre à 32 ans. La mort survient alors qu’il n’a pas 40 ans.

 Le travailleur infatigable qui aborde dès son enfance sa vie comme un combat pour la justice, la démocratie, l’égalité. Durant toute sa vie, il rédigera des éditoriaux, des tribunes, des chroniques. De la Première guerre mondiale, à son emprisonnement à Riom (5) il ne cessera d’écrire. Devenu avocat, il consacre la plus grande partie de sa journée à travailler au journal quotidien de son père (6) et devient avocat dans la soirée. Dans le parti radical il est vite un des plus remarquables orateurs, leader et porteur du projet de Front populaire. Enfin au ministère de l’Education nationale il multiplie les initiatives pour faire aboutir son projet, la grande réforme de l’école, contrôlant tout notamment les textes officiels qu’il présente par écrit personnellement.

 L’humaniste : Jean Zay est un pacifiste convaincu après l’effroyable carnage de la guerre 1914/1918, mais il demeure patriote; c’est un défenseur des Droits de l’Homme, il a un sens approfondi de l’honneur et du devoir (autant dans son travail de ministre de la république que durant son internement à Riom), il a un grand souci d’égalité notamment à travers sa mission à l’Education nationale où il agit pour créer une école et une culture pour tous. Il n’est pas figé sur ses convictions et admet la remise en cause comme celle concernant le pacifisme qu’il nuance face à la montée du fascisme;, ou le rôle des femmes en politique où il va militer pour le vote des femmes, ou bien en matière de religion où il évolue vers l’agnosticisme.

 Le visionnaire : l’aspect le plus extraordinaire de Jean Zay. C’est au ministère de l’Education nationale que cet aspect est le plus évident : visionnaire par la grande réforme de l’école qu’il commence à mettre en place et dont les effets conditionneront l’école (du primaire à l’université) bien après la Seconde guerre mondiale (école pour tous, démocratie, refondation des structures de l’enseignement, classes d’orientations) et jusqu’à nos jours; mais aussi par les autres actions menées dans le même ministère appelé officiellement ministère de l’Education nationale et des Beaux Arts, puis ensuite avec la Jeunesse et le Sport : projet ou création du CNRS, du Musée de l’Homme, de l’ENA, du Festival de Canne (7), dans le domaine du sport ; l’USEP, l’EPS. Visionnaire en participant aux mesures du Front populaire comme les congés payés ou la semaine de 40 heures. Toutes ces mesures culturelles ou sociales qui ont fait la France de la deuxième moitié du XXè siècle.

 Il est bien évident que tous les aspects du livre d’Olivier Loubes n’ont pas été évoqué dans cette analyse notamment les passionnants passages consacrés à son enfance de fils de soldat, à l' »affaire du Drapeau » et aux attaques parfois ignobles de l’extrême – droite, au piège du Massilia qui lui fut tendu par Vichy. Nous laissons au lecteur le soin de le découvrir.

 Pour terminer, nous donnerons la parole à Robert Badinter : « Jean Zay incarnait pour tous, amis ou ennemis une certaine idée de la République laïque, sociale, généreuse, fondée sur les droits de l’homme et la raison éclairée par l’instruction publique« .

Un livre passionnant pour un destin hors du commun : celui d’un homme exceptionnel.

Notes :

1 – Olivier Loubes. Jean Zay, l’inconnu de la République. A.Colin, 2012. 288p.

2 – même ouvrage page 203

3 – dans la tradition des grands historiens Antoine Prost ou Pascal Ory pour ne citer que les plus connus

4 – ce n’est qu’en 1994 que la plaque commémorative placée sur le lycée d’Orléans et dédiée à Jean Zay transforme la phrase initiale (de 1954) ; « Jean Zay victime de la barbarie nazi » en « Jean Zay assassiné par la Milice du régime de Vichy », même ouvrage page 192

5 – durant la guerre 1914/1918 une série de textes au quotidien sur la guerre et ses impressions regroupés sous le titre Le Familier, et durant sa captivité Souvenirs et solitude, Paris, 2010

6 – Le Progrès du Loiret

7 – lire à ce sujet le dernier livre d’Olivier Loubes : Cannes, 1939, le festival qui n’a pas eu lieu, avril 2016

8 – cité par Olivier Loubes, même ouvrage page 7

 

Loïc LE BARS. Première guerre mondiale. Le pacifisme des instituteurs syndicalistes. Editions du croquant, 2015. 318p.

 Les commémorations de la Première guerre mondiale traitent souvent de l’action des soldats, voire de leur ordinaire et aussi des changements que la mobilisation des hommes a introduits à l’arrière. Mais il y eut parallèlement une toute autre mobilisation, certes minoritaire mais qui souleva des milliers de personnes contre la guerre en France, sans compter celles d’autres pays européens. Ces citoyens qui, se réclamant du pacifisme de Jaurès ou de la tradition anarcho-syndicaliste de la CGT ont résisté à l’énorme rouleau compresseur que constitua l’Union sacrée. Et parmi eux, une catégorie se distingue particulièrement, celle des syndiqué[e]s de l’Enseignement primaire regroupé[e]s dans la FNSI, seule fédération de la CGT majoritairement opposée à la guerre.

  numérisation0150Ce sont leurs combats que retrace Loïc Le Bars ; il nous permet de mieux comprendre leur engagement en mettant en valeur les documents d’archives, publiques et privées. Ces textes nous montrent leur détermination mais aussi leurs doutes concernant la position à tenir dans les moments difficiles régis par la censure officielle. Ils retrouvent d’autres militants ouvriers français, Merrheim, de la fédération CGT des métaux, surtout Monatte et le noyau regroupé autour de La Vie ouvrière avec qui ils rencontrent aussi de célèbres exilés russes. Mais l’enthousiasme qui prévaut lors des conférences de Zimmerwald et Kiental laisse parfois place au découragement en 1917 et 1918 lorsque les militant[e]s sont poursuivi[e]s et parfois révoqué[e]s. Si les révoltes des soldats ne leur apparaissent pas en 1917 dans toute leur ampleur, ils gardent cependant courage en observant que les grèves des femmes, à partir de 1917, prennent une tonalité nettement antimilitariste. Parmi ces syndicalistes de l’enseignement, on découvre des personnalités qui réagissent chacun et chacune avec leur tempérament propre, d’Hélène Brion aux époux Bouët et Mayoux, de Fernand Loriot à Lucie Colliard, et tant d’autres encore…

  Loïc Le Bars conclut son introduction en espérant que leurs luttes « à l’issue pour le moins incertaine » nous incite à ne « jamais baisser les bras et abandonner le combat ». Son propos est d’actualité.

 

 

 

 

Jean-Marc HERRENG. Vingt ans de luttes paysannes en Vendée, 1968-1988 : du CDJA à la Conf’. Editions du CHT, 2015. 255p.

 

  Edité par le CHT Vingt ans de luttes paysannes en Vendée, 1968-1988 : du CDJA à la Conf’ de Jean-Marc Herreng retrace le combat des jeunes agriculteurs des années 70 pour une agriculture respectueuse du travail humain et de la nature. L’auteur montre comment la Vendée demeure un département agricole où les mutations sont parfois difficiles à définir. Pour les jeunes agriculteurs, le problème d’accès au foncier et de vivre du travail de la terre se pose sérieusement avec en plus un accès au crédit difficile. Le souci principal est la rentabilité des entreprises et des capitaux car certains agriculteurs sont considérés comme des chefs d’entreprise. Le but n’est-il pas d’éliminer les petites exploitations au profit des très grandes avec tout le système de capitalisation qui s’impose alors ? Après 68, des forces d’opposition au sein de la FNSEA et de la FDSEA apparaissent avec le CDJA dont certains adhérents, en approfondissant leur analyse se radicalisent et amènent à la formation des Paysans travailleurs qui lutteront contre l’exploitation du travail paysan par le capitalisme agroalimentaire qu’il soit privé, ou coopérative et par la banque. Après de nombreuses manifestations, en 1987, les délégués qui veulent promouvoir une autre agriculture, « une agriculture paysanne » liée au sol, respectueuse de l’environnement pour une production de qualité décident de construire une organisation syndicale forte, c’est ainsi qu’est née la Confédération paysanne. Cet ouvrage est l’occasion de rendre hommage aux acteurs qui ont travaillé, « en tant que travailleurs de la terre » à la rupture avec la FNSEA pour la création « d’une politique agricole alternative et économiquement viable ».

numérisation0124  Dans cet ouvrage, Jean-Marc Herreng dépeint le rôle important qu’ont tenu les femmes paysannes en s’interrogeant sur leur reconnaissance, sur leur place dans les exploitations. Elles ont eu la volonté d’exister en créant des « groupes femmes » qui sont liés aux faits sociétaux : l’avortement, la contraception, obtenir un statut d’agricultrices. Elles sont présentes au coeur des actions menées. Dans cette période les paysans et les ouvriers se retrouvent et créent des liens unitaires comme en témoigne leur rôle dans les conflits comme à Cerizay, Big-Chief, Rond Point Coop à La Roche-sur-Yon…L’alliance ouvriers-paysans qui se fait dans la perspective d’un changement « radical » de société n’était-il pas un rêve ?

  Par ce livre, Jean-Marc Herreng montre que, même si l’histoire ne se répète pas vraiment, des similitudes existent entre les problèmes agricoles actuels et ceux exposés dans cet ouvrage. Le débat demeure avec un syndicat : la Confédération paysanne qui désire mettre en place et qui défend une agriculture de qualité avec une meilleure répartition et une autonomie des exploitations. Dans le système économique actuel, l’innovation est-elle possible pour sortir de la crise ?

 

 

 

 

 

 

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A NOTER : Paul Boulland, chercheur et membre de l’équipe du « Maitron » propose en complément une série de cartes.

 

 

 

Mathias BOUCHENOT. Tenir la rue. L’autodéfense socialiste, 1929-1938. Editions Libertalia, 2014.

 

 

  Bien que l’auteur n’indique pas les raisons du choix de ses recherches, la réalité des crises économique et politique a fait resurgir le spectre des années 1930. Et Mathias Bouchenot comble ici un vide significatif sur les luttes de cette période. Pour ce faire, il resitue en permanence son propos dans le contexte historique.

  Au départ, il y a la violence, dont Jaurès rappelait sans cesse qu’elle vient d’abord du patronat et des nationalistes. Ici, ce sont les Camelots du roi, vendeurs militants de l’Action française qui, à l’aide de leurs cannes plombées, imposaient leur loi dans les années 1910, en particulier à l’Université où ils rencontraient les jeunes socialistes. Après la guerre, la SFIO, vidée de ses cadres militants, vivait essentiellement pour les réunions électorales. Mais celles-ci, même, sont un enjeu de luttes face à une extrême droite devenue multiforme.téléchargement

  Le premier objectif de la SFIO est donc d’assurer un service d’ordre pour garder sa liberté d’expression. Mais c’est au tournant de 1933, l’avènement du nazisme, et, en France la tentative des ligues d’envahir, le 6 février 1934 l’Assemblée nationale, qu’une véritable stratégie d’autodéfense est mise en place, en particulier par la fédération de la Seine. Des groupes d’autodéfense sont créés dans d’autres départements où ils sont parfois (dans le Doubs) cloisonnés de façon militaire.

  En 1934, les TTPS (Toujours Prêts Pour Servir) sont organisés sur la base du volontariat. Ce n’est pas une organisation clandestine mais elle obéit à une discipline stricte. En 1936, son objectif est cependant l’objet de divergences stratégiques entre la SFIO de Paul Faure et Léon Blum, qui veulent créer un simple mouvement d’auto-défense, et sa gauche révolutionnaire, animée par Marceau Pivert, qui y voit des groupes de combat pour la préparation à la prise du pouvoir.

  Ces désaccords deviennent affrontements lorsque, le Front Populaire au pouvoir, le ministre socialiste de l’Intérieur fait réprimer  violemment la manifestation antifasciste de la place Clichy, le 17 mars 1937 : on y déplore six morts et plusieurs centaines de blessées par balles.

  Le lecteur découvrira là une face méconnue de l’Histoire de la SFIO. La recherche en est très minutieuse et puise dans des archives multiples. Franck Georgi, dans sa préface, souligne « la pluralité des angles d’attaque » de l’auteur. Rien d’anecdotique donc dans cet ouvrage mais une contribution utile à l’Histoire tout court.

 

 

 

 Julien CHUZEVILLE. Militants contre la guerre, 1914-1918. Editions Spartakus, 2014.

 

  Cet ouvrage montre l’envers du décor que nous plantent les commémorations de la Grande Guerre. La mémoire de ces militants, nous rappelle aussi l’auteur, a été occultée parce qu’oppositionnels, ils l’ont été aussi bien au sein de la CGT que de la CGTU et également de la SFIO et du Parti Communiste que certains ont pourtant contribué à fonder.

  Militants de La Vie Ouvrière, anarcho-syndicalistes de la CGT, instituteurs syndicalistes, minoritaires de la SFIO se sont rencontrés dans la même opposition farouche à la guerre et à l’Union sacrée. Piqûre de rappel : celle-ci ne fut pas qu’une expression grandiloquente mais la face cachée de la censure, puis de la répression brutale qui se sont abattues, durant quatre ans, sur les opposants dans le pays.

Militants contre 14-18 Deux responsables fédéraux de la CGT, Merrheim et Bourderon (qui était aussi membre de la SFIO) ont participé à la conférence de Zimmerwald, où se sont retrouvés, en août 1915, des militants de toute l’Europe opposés à la guerre. C’est ensuite que s’est constitué le Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI) au sein duquel se sont regroupés les opposants français. Même si le pacifisme primait, la question sociale y était bien présente, derrière le slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

  L’ouvrage montre que, certes, le CRRI s’est prioritairement tourné vers les militants. Mais ses analyses et ses tracts ont été diffusés, aux moments cruciaux de 1917 et 1918, par de simples soldats et des ouvriers grévistes, dont le nombre a augmenté considérablement durant ces deux années : la guerre, c’est la mort sur le front mais aussi la misère à l’arrière.

  Les militants du CRRI n’ont pas vu éclore la révolution sociale à laquelle ils aspiraient mais ils n’en ont pas moins joué un rôle non négligeable dans l’arrêt des hostilités, comme leurs amis spartakistes en Allemagne.

 

Marianne ENCKELL, Guillaume DAVRANCHE, Rolf DUPUY, Hugues LENOIR, Anthony LORY, Claude PENNETIER, Anne STEINER. LES ANARCHISTES. Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone. Le Maitron. Editions de l’Atelier, 2014.

  De A comme Miguel ALMEREYDA (1883-1917) à Z comme Paul ZORKINE (1921-1962) en passant par les figures incontournables de Pierre-Joseph PROUDHON, Michel BAKOUNINE, Fernand PELLOUTIER, Emile POUGET le « père peinard », Elisée RECLUS, Jean GRAVE, Jules GRANDJOUAN, Charles MALATO, Pierre KROPOTKINE, Sébastien FAURE, Francisco FERRER, Louise MICHEL, Pierre MONATTE… et tant d’autres… voici 500 biographies (et 3200 consultables dans la base informatique du MAITRON-en-ligne) de militant-e-s libertaires saisies des prémices de l’anarchie dans les années 1840 à la formation du mouvement autour de 1881 comme « courant distinct et indépendant des autres socialismes », jusqu’au début des années 2000. Elles sont présentées par l’équipe du Maitron, des Chroniques syndicales de radio-Libertaire et du Centre international de recherches sur l’anarchie.anars

  On connait l’oeuvre pionnière de Jean Maitron (1910-1987) qui consacra sa thèse à l’Histoire du mouvement anarchiste en France (1880-1914), renouvelée ici par la dimension internationale. Cette nouvelle approche permet de saisir toute la diversité -on devrait dire le foisonnement- et la richesse des courants et mouvements libertaires, de l’anarchie communiste à l’anarcho-syndicalisme ou à l’individualisme; dans leurs engagements théoriques et leurs pratiques, insurrectionnelles, « grève généralistes « , individualistes, terroristes, syndicalistes…celle des propagandistes par le fait à l’action directe jusqu’aux néo-malthusiens ou aux artistes libres. Quant aux interprétations permises par la sociobiographie tirée de ces notices, elle se trouve profondémenr renouvelée.

  On ne s’attend guère à trouver des exemples vendéens ! Et pourtant plus d’une vingtaine d’occurrences en ressort, soit qu’il s’agisse d’anarchistes nés en Vendée ou de militants ayant un lien avec la Vendée. Dans le premier cas, on citera Théodule MEUNIER, menuisier (Bournezeau : 1860-Cayenne : 1907), auteur des attentats au restaurant Véry et à la caserne Lobeau de Paris en 1892; Régis MEUNIER (Champ-Saint-Père : 1864-1936), employé de commerce entré dans les ordres puis ouvrier, militant actif de la fin du XIXème s. envoyé au bagne de Guyane; François MARIE, typographe (Oulmes : 1879-1938); Charles Gustave SOURISSEAU, serrurier (Luçon : 1859- ?); Célestin BOSSARD, cordonnier (La Gaubretière : 1861 – ?); Jean JOLY, charpentier (Saint-Denis-La-Chevasse : 1851 – ,); Albert LOURADOUR (Saint-Georges-de-Montaigu : 1893 – ?); Léon BAUDRY, mécanicien (Fontenay-Le-Comte : 1886 – ?). On retiendra quelques figures parmi ceux qui agirent en Vendée. Alfred PEYRAMAURE (1889-1963), typographe, engagé à l’imprimerie Servant-Mahaud à La Roche-sur-Yon en 1908 anima de nombreuses réunions syndicales et des mouvements dans l’année 1909. Paul ROBIN (1837-1912), sorti de l’ENS de Paris et nommé professeur de physique au lycée de La Roche-sur-Yon (alors Napoléon-Vendée) en 1863-1864 où il fit preuve de talents de pédagogue avant de devenir un membre influent de l’Internationale et un éducateur proche de Ferdinand Buisson dans l’orphelinat laïque de Cempuis dans l’Oise et un militant néo-malthusien. Quant à Séraphine PAJAUD (Ile-de-Ré : 1858- post 1934 ?), inlassable propagandiste « communiste révolutionnaire » et libertaire, ancienne institutrice et ouvrière, parmi les 48 départements qu’elle sillonna, elle tenait partout des conférences sur « l’inexistence de Dieu » comme libre-penseuse, sur « l’émancipation de la femme » et « contre la guerre et les armées permanentes« . Elle fut influente dans les tournées qu’elle fit en Vendée en 1901, 1904 et 1905, 1910 et 1911, réunissant dans ses interventions jusqu’à 400 personnes dont des femmes ! Elle est citée par Michel RAGON, élevé à Fontenay-le-Comte dans une famille vendéenne modeste (voir L’accent de ma mère), dans son roman Le cocher de Boiroux (1992). Dans La Vendée ouvrière (Florence Regourd, 1981), ce sont plus d’une soixantaine de militants anarchistes recensés qui agirent en Vendée dans les années 1880-1890, au temps des ‘lois scélérates ».

  Passionnante plongée dans l’univers des compagnons que la lecture des 527 pages illustrées du Maitron des ANARCHISTES !

 

Alain CHATRIOT. Jaurès face aux paysans. Une vision socialiste de l’agriculture française. Fondation Jean Jaurès, 2012. 61p.

 

  Jaurès et la classe ouvrière : une évidence ! Quant à Jaurès face aux paysans, les liens sont moins connus. Pourtant, Jaurès s’intéressa toujours à « l’émancipation du travail rural » (1889). Un ouvrage de Rémy Pech, rappelant ses attaches rurales, porte même ce titre : « Jaurès-paysan ». Ses grandes interventions à la Chambre dans le contexte des crises agricoles et du débat sur le protectionnisme, sont restées célèbres, notamment ses interpellations de l’été 1897.

 numérisation0117 On retiendra d’abord, dans une tradition républicaine héritée de Gambetta puis dans un projet socialiste de transformation économique et sociale, sa défense de la petite propriété paysanne. Jaurès dénonça les conditions des fermages et métayages, suggéra la révision des baux ; prôna le syndicalisme des ouvriers agricoles et la création d’une prud’homie et d’un crédit agricole central ainsi que la constitution d’un véritable « parti de la terre, formé des paysans qui la travaillent unis avec les ouvriers » (1897).

  Quant au protectionnisme et ses implication sur le prix du blé et celui du pain, l’analyse qu’en fit Jaurès le mena à proposer une régulation des marchés sous le contrôle de l’Etat qui garantirait à la fois un prix du pain favorable aux ouvriers et une rémunération correcte des producteurs de grains. Organisation guère éloignée de l’Office du Blé que le gouvernement de Front populaire instaura en 1936.

  Cette petite brochure resitue la question paysanne dans les enjeux politiques du moment ou comment « ne pas décourager la démocratie rurale, sans laquelle (les travailleurs des villes) ne pourront rien, sans laquelle tous (leurs) rêves d’émancipation seront comprimés par une aristocratie d’argent » (1887).

Jean-Claude LAMOUREUX. Les 10 derniers jours, 26 juillet- 4 août 1914 (Paris, Berlin, Bruxelles). Du refus de la guerre à l’exaltation patriotique. Editions Les nuits rouges, 2013.

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      Tout est dit dans le titre de ce petit ouvrage d’une centaine de pages abondamment illustré. A Paris comme à Berlin, la chronique du passage du « bel été 14″ à la barbarie entraîne comme une déferlante des peuples, les classes ouvrières et leurs organisations. Cette approche d’histoire sociale qui privilégie l’analyse de l’évolution des opinions ne néglige pas le cadre politique et les évènements diplomatiques et militaires mais les intègre dans les contradictions d’un système capitaliste destructeur. On appréciera surtout la manière dont l’auteur, resituant en amont la position internationaliste de la CGT comme des syndicats allemands (ADGB : 2,5 millions d’adhérents), du PSU-SFIO (fort d’un million d’électeurs et de 105 députés) comme du SPD (un parti de masse avec près de 2 millions d’adhérents, plus de 4 millions d’électeurs et sa nébuleuse d’associations), démontre que rien n’était inéluctable mais qu’une combinaison de pressions, répressions et de trahisons ont mené vers le cauchemar que Jaurès annonçait. La responsabilité des Etats et des gouvernements appuyés sur les grands pouvoirs industriels et les forces conservatrices qui les bénissent n’en est que plus forte. Mais cela n’exonère pas le ralliement de certains dirigeants comme Jouhaux ou Guesde à la prétendue Union sacrée et au national-patriotisme dévoyé, participant activement après la mobilisation générale à la démoralisation sociale, ayant vite oublié le mot d’ordre de La bataille syndicaliste et du Vorwärts : ‘A bas la guerre ! ».

Sébastien FONTERNELLE, POSTE STRESSANTE, Seuil, octobre 2013.

 

   Chacun sait que de nombreux suicides ont eu lieu dans cette entreprise, comme à France Télécom. Nous avons aussi remarqué que nous n’étions plus des usagers mais des clients. Les plus avisés ont naturellement fait le lien entre le décalage existant entre les PTT, service public et la Poste, devenue entreprise autonome avec la loi Quilès qui, en 1990, ouvrait la voie pour en faire une SA (depuis 2010), avec, d’ailleurs, le même dirigeant de 2002 à 2013. L’ouvrage va bien au-delà de ces constats.

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   Il rappelle d’abord que dès le début des années 1950, des voies se sont élevées pour une plus grande compétitivité des services publics. Il n’y a eu depuis ces années aucun changement de cap mais de puissantes mobilisations syndicales qui ont ralenti le processus. C’est depuis 1990 que les agents ont dû faire face aux nouvelles exigences : non plus « conseiller » mais « oser proposer pour vendre ». La recherche permanente de gains de productivité est cause de pressions facilitées sur le personnel facilitées sur le personnel par l’accumulation d’emplois contractuels.

   Dès lors, l’auteur distingue « des causes générales de souffrance » liées au nouveau statut de l’entreprise, et « des causes particulières aux différents métiers ». Les suicides, signes extrêmes mais non exclusifs de ces souffrances, sont en effet constatés dans toutes les fonctions exercées à La Poste, de n’importe quel agent jusqu’à des cadres, dont certains, en 2012, ont déclaré publiquement ne plus supporter « d’être ravalés au rang d’exécuteurs des basses oeuvres ».

   Car le développement du numérique et la diminution de certaines activités sont aussi le prétexte de réorganisations régulières au détriment des agents. Ajoutons à cela une communication externe radieuse à l’opposé des souffrances internes, un autisme permanent de la direction de la Poste face aux médecins, aux enquêtes menées et même aux jugements rendus, et le tableau s’assombrit au fil des pages.

Vous trouverez ici quelques notices sur des ouvrages achetés en 2013 et qui renouvellent notre fonds (ces livres peuvent être empruntés à la Médiathèque Benjamin-Rabier).

Liste des acquisitions 2013

 

Mouvements paysans face à la politique agricole commune et à la mondialisation (1957 – 2011). Presses universitaires de Rennes, 2013.

   L’ouvrage se compose de onze contributions lors d’un colloque organisé par le réseau des Universités de l’Ouest atlantique; les textes ont été mis en forme par Laurent Jalabert, universitaire et chercheur associé au laboratoire de recherches de l’Université de Nantes ainsi que par Christophe Patillon, historien et archiviste au CHT. Jalabert    Un des mérites de cet ouvrage est d’avoir associé des textes de chercheurs et de témoins de la période. Certes, hormis les quelques années qui ont précédé à la mise en oeuvre de la PAC, seule la Confédération paysanne et ses organisations fondatrices sont mises en scène dans les grands mouvements sociaux de la période et contribuent à leur analyse, y compris dans leurs déchirements internes. Mais, comme le remarque malicieusement le géographe Jean Renard dans sa conclusion, les dirigeants de la FNSEA n’auraient pas été en position de force face à des universitaires.

   En deux chapitres très précis, l’ouvrage contextualise tous les thèmes abordés, y compris au regard des enjeux politiques nationaux qui, certes, ont pesé sur la PAC mais sont parfois en décalage. Les interventions se situent tantôt sur un plan global (la Confédération paysanne face à la mondialisation), tantôt avec un gros plan sur une région (l’Ouest face au plan Mansholt). Elles analysent un phénomène (les grèves du lait) ou une production (les viticulteurs languedociens) ou encore un cas typique, celui des éleveurs intégrés Doux. Enfin, les attitudes et actions du parti socialiste face à la PAC sont brièvement résumées.

   Ceux qui chercheront des certitudes dans cet ouvrage seront sans doute déçus car il ouvre des pistes sans refermer aucune porte. Néanmoins, tous les sujets sont abordés avec une grande rigueur. Laissons le mot de la fin à Jean Renard qui, en tant que géographe, ouvre des pistes pour une agriculture de demain, avec « des formes différentes d’utilisation des sols » et « des productions destinées à un marché de proximité ».

Marcel Godreau. Bruits de moteurs sur les champs de Vendée. Histoire de la mécanisation de l’agriculture vendéenne. Editions Durand-Peyrolles, 2013.

   Tous ceux qui s’intéressent à l’évolution du monde rural seront séduits par cet ouvrage à la fois « grand public » et remarquablement documenté.

   Après avoir rapidement présenté l’héritage de l’histoire, notamment celui du XIXème siècle, l’auteur décrit de l’intérieur les mutations des années soixante à aujourd’hui. D’abord conseiller agricole à Challans, dans le « secteur le plus crotté de la Vendée », il témoigne de la joie des femmes devant la libération que représente la mécanisation de la récolte du foin. Puis Marcel Godreau devient le premier animateur de la fédération départementale des Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole (650 CUMA en 1966 !).

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   Ces groupements d’agriculteurs solidaires pour l’achat et l’utilisation des nouveaux équipements posent quantité de problèmes. Certains sont liés au développement d’une agriculture intensive mais d’autres, innombrables, témoignent du foisonnement de situations dans les cheminements de la Vendée paysanne durant les années 1960 – 1970. Laissant les inévitables incidents liés aux personnalités, on est tenté de retenir le problème de cette CUMA naissante où le président pressenti par ses pairs doit signer les statuts sans savoir lire ni écrire ! Il y a dans cette anecdote un condensé de l’esprit des CUMA de l’époque : le problème des signatures est balayé par la confiance unanime témoignée à un paysan qui n’a pas cherché ce poste à responsabilité. Les vraies difficultés naissent de la complexité du fonctionnement des CUMA, notamment de l’exigence d’une efficacité économique, dans le cadre d’une politique de développement qui creuse les inégalités entre agriculteurs.

   Chacun pourra tirer ses propres conclusion en lisant la description du matériel de demain. On appréciera le clin d’oeil de la « mécanisation du bois de chauffage  » ou des voies nouvelles qui ressuscitent d’anciennes pratiques tel de binage.

   Un ouvrage dense qui se lit presque comme un roman !

Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot. La violence des riches. Chronique d’une immense casse sociale. La Découverte, 2013. (Zones). 252p.

   Dans la droite ligne des Ghettos du Gotha (2007), Monique et Michel Pinçon continuent leur approche de la Sociologie de la bourgeoisie (2000), au moment où le capitalisme financier en crise intensifie « la violence de classe et la casse sociale ».

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   Résultat d’un long travail d’enquête mené auprès des salariés de la métallurgie des Ardennes, des abattoirs de volailles (Doux), des opérateurs de PSA Peugeot Citroën ou ceux de GDF-Suez, ce livre n’est pas qu’une simple dénonciation des contradictions du système qui permet la distribution de faramineux dividendes et la rémunération éhontée de patrons voyous en mettant, par les licenciements boursiers, des milliers d’hommes et de femmes dans la précarité et la misère. C’est surtout une analyse des stratégies mises en place, depuis les années 70, la désindustrialisation et les délocalisations, des réseaux de relations et d’exploitation du monde de la finance gangrenée et des responsabilités des politiques – les libéraux conquérants d’hier comme « les socialistes de gouvernement  » d’aujourd’hui – qui, à des degrés divers, organisent la guerre sociale en cours dont on connaît d’avance les perdants.

   Financiarisation, déréglementation, privatisation des profits et socialisation des pertes dans le cadre du capitalisme mondialisé (P.40). Déshumanisation des salariés jetables, dont on pressure le salaire, devenus la variable d’ajustement. Néolibéralisme partagé par tous comme horizon indépassable et détricotage systématique de la protection sociale dans une économie de casino, spéculative et prédatrice. Justice de classe, expéditive avec « la délinquance en survêtement et capuche » et laxiste – ou pour le moins bienveillante – avec « la délinquance en col blanc » (p.64), la fraude fiscale devenue un « sport de classe » (p.46). « Criminalisation de la contestation sociale  » (p.71)… Tel est le portrait au vitriol que brossent les sociologues de cette « violence des riches » qui s’affiche sans fard, de cette « oligarchie » sans foi ni loi dont les intérêts traversent et dépassent tant la droite que la gauche au pouvoir, aussi soumises aux exigences de l’Europe. En particulier ses règles de rigueur imposant une réduction drastique des dépenses publiques. « Une nouvelle phase de la guerre des classes est désormais ouverte sur les champs de bataille de l’Europe » (p.112).

   L’ouvrage conclut – au delà des « Désarrois ouvriers » (1987), des humiliations, de la résignation voire de l’interrogation sur « l’asservissement volontaire  » et l’intériorisation rampante de l’idéologie libérale – sur l’implosion sociale qui couve.

   Si l’on entend le cri d’alerte lancé par les auteurs, démontant les mécanismes d’aliénation causés par « la violence des riches » et leur appel à rompre avec un capitalisme devenu irresponsable et source de chaos (p.242), on s’interrogera sur les modalités, les relais et les vecteurs de ce changement radical. Mais ce n’est plus le propos du livre.

Florence Regourd. Ludovic Clergeaud (1890 – 1956) métayer, 50 ans d’engagement en Vendée. Geste éditions (Histoire), 2013.

  Florence Regourd, historienne et présidente du CDHMOT retrace dans la biographie de Ludovic Clergeaud 50 ans d’engagement syndical et politique.

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  Ludovic Clergeaud, né dans le bocage à Marsais-Sainte-Radégonde d’un père métayer illettré, a eu un parcours singulier et très intéressant. En effet, ce métayer autodidacte s’est engagé à 16 ans à la SFIO, le Parti de Jaurès, ce qui dans la Vendée catholique et conservatrice est un engagement courageux; courage politique et syndical qu’il a montré durant toute sa vie de militant.

  Anticlérical, libre-penseur et pacifiste, il participe à la création du Parti communiste de Vendée dont il est  exclu en 1923. Il  fonde ensuite la fédération de Vendée du Parti communiste unitaire, créé en 1923 par des scissionnaires du PCF. De 1924 à 1939, il milite à la SFIO dont il devient secrétaire fédéral. De 1927 à 1950, il adhère au Parti socialiste. En 1937, il est le premier conseiller général socialiste de Vendée. Ludovic Clergeaud s’est aussi battu au sein du monde agricole pour la reconstitution du syndicalisme paysan par des syndicats indépendants de paysans.

  « Il n’a rien trahi de son idéal, rien renié de ses principes. Il se sentait quelque part entre Gambetta et Jaurès ».

Anne-Lise Sérazin – Vies de travail en Loire-Atlantique au XXè siècle. Traversées du siècle . L’Harmattan, 2011.

      Voici un ouvrage de sociologie de près de 200 pages qui n’a rien d’une thèse ou d’une démonstration laborieuse. L’auteure y brosse les portraits d’une génération d’hommes et de femmes nés en 1919 qui arrivent à la retraite en 1984, tous résidant en Loire-Atlantique. Certains sont connus : ce sont des militants engagés qui se retournent sur leur passé de lutte comme Gilbert Declercq et Marcel Guiheneuf, figures marquantes de la CFTC puis de la CFDT, Georges Prampart, de la CGT ou Alexandre Hébert et Paul Malnoë de Force Ouvrière, tous marqués par les grandes crises et les grèves de 1955. Mais beaucoup d’autres, parmi plus de 1900 parcours retenus, sont des anonymes. En huit chapitres -autant de »regards » portés-, Anne-Lise Sérazin suit les « tranches de vies » professionnelles, vies de travail, travail de la vie, vies au travail…croisant leur itinéraire personnel avec l’histoire économique et politique de ce XXème siècle.

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   En suivant ce petit peuple de travailleurs sur des chemins qui traversent autant les paysages ruraux ligériens et briérons que les sites industriels de la Basse-Loire, on retiendra notamment deux « regards ». L’un posé sur trois générations nazairiennes de travailleurs de la « Navale » où, au départ, plus du tiers de la main d’oeuvre était constituée d’ouvriers paysans et qui se trouve bientôt confrontée à la mobilité et aux déclassements au coeur du grand capital. L’autre posé sur le rapport des femmes (près de la moitié de la population de l’enquête) au travail souvent contraint, en relation avec la question de l’éducation des filles marquées dans ces terres catholiques par le souci de « servir », l’assimilation urbaine et les droits pour lesquels ces femmes se sont battues.

   A travers ces expériences relatées, cette parole recueillie, plus éclairant que n’importe quel discours savant parlant à leur place, ces figures laborieuses contribuent finalement à faire oeuvre d’histoire sociale.

Dommage…tu as mal tourné ! par André Tardivel.

     Après les souvenirs de Guy Ruchaud, militant chrétien, secrétaire de l’UD-CFDT de Vendée de 1964 à 1973, socialiste et maire-adjoint dans l’équipe municipale de Jacques Auxiette à La Roche-sur-Yon, de 1977 à 1989; voici ceux d’André Tardivel, secrétaire de l’UD-CGT de Vendée de 1977 à 1983, communiste et maire-adjoint à l’urbanisme de Jacques Auxiette, de 1983 à 1986. Les deux hommes, qui ne sont pas de la même génération, Guy est né en 1930 et André en 1944, se sont cotoyés, ne serait-ce qu’au conseil municipal, ont plus rarement combattu ensemble, se sont quelquefois affrontés. Le témoignage d’André Tardivel sur son parcours militant, singulier voire atypique vient compléter celui de Guy Ruchaud, à la fois sur la manière dont se forme un militant et sur les conflits sociaux qui ont agité la Vendée un département réputé pour être un laboratoire grandeur nature des méthodes patronales.

    Né en 1944 dans une ferme bretonne, sur une exploitation d’une vingtaine d’hectares à Marsac-sur-Don en Loire-Atlantique, dans une famille de huit enfants, de tradition et de pratique catholique bien implantée; André Tardivel a été formé – contrairement à Guy Ruchaud – à l’école primaire catholique jusqu’au CEP puis à l’école d’agriculture Saint-Joseph à Derval où il suit une formation technique en alternance jusqu’au BAP en 1957. Le service militaire dans la Marine nationale le mène en Algérie.

    A partir de 1965, il entre dans la vie de salarié comme chauffeur-livreur chez un marchand de boissons à Nozay. Comme beaucoup de salariés en milieu rural, il ne participe à aucune grève ou manifestation, pas même en 1968, même s’il s’informe sur la situation sociale après son embauche comme représentant de commerce chez un concessionnaire Ford à Laval. Arrivé en Vendée en 1969, il travaille comme chauffeur à la SACER à La Roche-sur-Yon, une grosse boïte de travaux publics dont l’agence vendéenne emploie 80 salariés.

    C’est là, concrètement, qu’il découvre la lutte des classes et le militantisme. Il adhère à la CGT organisation de classe et de masse, est élu délégué du personnel, au comité d’entreprise puis au comité central d’entreprise du groupe. Repéré à l’UD par Paul Arnaud, secrétaire général, c’est ce dernier qui lui met le pied à l’étrier, comme secrétaire de l’Union syndicale de la construction. En 1972, Paul Arnaud lui propose d’être délégué au congrès nationale de la CGT à Nîmes.

    Son expérience de syndicaliste, il l’acquiert dans les commissions paritaires du BTP. Un secteur important en Vendée avec 15000 salariés. Les revendications ne manquent pas : salaires et conditions de travail, sécurité, indemnités de repas, déplacements... Il rapporte avec ironie le cynisme de la délégation patonale qui accepte le paiement d’une chaussure de sécurité! Cest à cette époque qu’il tourne le dos à l’Eglise qui a formé son esprit et sa jeunesse. Je me considère progressiste, démocrate, mais je ne suis ni gauchiste, ni communiste, et moralement, je n’accepte pas qu’au nom de Dieu, l’Eglise puisse avaliser tortures et massacres. On est en 1973, le coup d’Etat de Pinochet vient de chasser Allende dans le sang et d’établir une dictature militaire, avec l’approbation de l’église chilienne.

    Avec le crise qui éclate en 1974, André Tardivel découvre les méfaits de ce qu’il appelle le capitalisme monopoliste d’Etat et analyse désormais la situation d’exploitation en termes de lutte des classes. Il s’agit bien d’une lutte des classes vécue douloureusement par les salariés, à commencer par les responsables syndicaux. Il en tire sa conclusion : l’adhésion au PCF. Désormais, il vit de front l’activité syndicale, 2ème permanent de l’UD-CGT, et l’activité politique. La CGT en Vendée a mauvaise presse, le militant était considéré comme le diable dans les campagnes. Sur les 130000 salariés de ces années 1970, la plupart sont inorganisés. La CFDT s’est imposée, après la CFTC, comme première organisation syndicale représentative. De 12 à 1300 syndiqués CGT des années 1960, André Tardivel en revendique alors près de 7000, l’objectif est fixé à 10000 !

    Sa description du salariat vendéen est pertinente : main-d’oeuvre jeune, peu formée, peu qualifiée, issue de la paysannerie locale, occupée dans les industries de main-d’oeuvre où la valeur ajoutée par emploi reste faible, abondante du fait de la poussée démographique et laborieuse, un rien soumise avec de nombreuses femmes dans la branche habillement ou la chaussure et surtout…avec des salaires annuels inférieurs de 18% à la moyenne nationale. La partie la plus intéressante de son ouvrage concerne  les luttes des femmes dans la confection, la branche occupe alors près de 8000 salariés réparties dans une soixantaine d’entreprises dont plusieurs de 5 à 600 personnes. C’est le cas de Big-Chief, installé en vendée depuis 1961, dans ses usines de La Roche-sur-Yon et de La Caillère, passée de 450 à plus de 1000 salariés, qui illustre presque à elle seule, le décollage industriel vendéen. Fin 1974, le dépôt de bilan entraîne une centaine de licenciements, un séisme social dans le bocage. Quand Maurice Bidermann s’intéresse à l’entreprise qu’il rachète pour 1 f. symbolique et 300 Millions d’aide à l’appui, il impose de renoncer à l’échelle mobile des salaires, aux classifications, 13ème mois et primes de vacances, à la cantine et à la garderie. 4 mois de luttes dont 7 semaines de grève totale avec occupation d’usine solderont cette aventure.

    Au 37ème congrès de l’UD-CGT de Vendée, en 1977, André Tardivel devient le 10ème secrétaire général, et le reste jusqu’en 1983. Au jour le jour, dans les 70 syndicats où la CGT est implantée, il faut défendre les salariés contre un patronat réactionnaire. Un département où il n’existe pas de conseil de prud’hommes  avant 1974 ! Ce n’est plus le temps de l’unité syndicale recherchée avec la CFDT. Au contraire, à l’époque du recentrage, les relations sont tendues entre les deux organisations. André Tardivel – dans son rôle – dénonce les mensonges, l’hypocrisie, qui animent les responsables départementaux de la CFDT qui discréditent les cégétistes, tous considérés comme communistes et staliniens alors que dans les syndicats d’entreprise, si les rapports ne sont pas toujours faciles, le souci de l’unité d’action reste fort. La CGT s’implique : à la SICA-SAVA de Challans, cette coopérative d’abattage de volailles de 550 salariés où l’on tient 12 jours et nuits d’occupation des locaux, dans les conserveries des sables et de Saint-Gilles où quelques 500 femmes travailent, à Big-Chief encore où les cadences augmentent et les licenciements – pour manque d’efficience – tombent. Les femmes sont toujours les premières menacées. Comme le déclare ce petit patron de l’habillement des environs de La Châtaigneraie : « J’embauche une jeune à 16 ans à la sortie de l’école. A 35, je la dégage parce qu’elle n’est plus rentable ». La plus longue lutte de l’histoire sociale en Vendée : 11 mois ! a pour théâtre cette branche de la confection. A la SIVEM (groupe Armand Thierry-Sigrand) à Aizenay avec 680 salariées, la restructuration entraîne le dépôt de bilan puis la fermeture fin 1981. Les femmes vont se battre pour défendre leur emploi. Là encore, Bidermann propose une reprise en tapant sur les avantages acquis mais l’intersyndicale CDC-CGT-CFDT se désunit. En février 1982, la CGT occupe les locaux. En mars 1983, la SGV reprend l’usine d’Aizenay mais avec une cinquantaine d’emplois seulement.

    Que reste t-il de Big-Chief, SGV, New-Man et tant d’autres dans la désindustrialisation actuelle s’interroge André Tardivel.

    C’est en 1983 qu’il entre dans l’équipe municipale du maire sortant, Jacques Auxiette, comme maire-adjoint à l’urbanisme. Il est, par ailleurs, membre du bureau fédéral du PCF et secrétaire de la section yonnaise. Sans illusions sur la conduite des affaires, le maire décide de tout, l’expérience sera brève, les tensions latentes dès 1984 débouchent en 1986 sur le retrait des délégations et don des indemnités aux adjoints communistes. André Tardivel a cédé l’UD en 1983 à Jean-Paul Cotillon, plus rien ne le retient en Vendée. Je n’ai plus qu’à aller voir ailleurs. Ainsi se termine ma vie de militant et d’élu politique en Vendée.

    Parti en région parisienne, collaborateur politique au siège du PCF, directeur de l’école du parti à Draveil, secrétaire général du groupe communiste au Sénat, divorcé, une nouvelle vie commence pour lui. Après 17 ans de vie professionnelle en Ile-deFrance, il prend sa retraite en 2004. Sa révolte est intacte face à ce monde d’injustices et de misère. Son livre s’achève par un vibrant plaidoyer pour les lutes collectives, seules réponses à l’exploitation capitaliste mondialisée, pour les femmes – l’égalité dans la sphère privée comme dans la vie professionnelle, politique et sociale – et pour l’écologie.

Un CDD sinon rien, par Jacques Cotta.

  Contrairement à ce que le titre peut laisser penser, l’ouvrage ne se limite pas à une comparaison des différents statuts des salariés. Publié avant les élections de 2012, il analyse les problèmes économiques et sociaux d’une manière très vivante en relevant les contradictions les plus évidentes dans les solutions mises en oeuvre jusqu’à présent.

  Il note, comme beaucoup d’économistes, que la limitation de la protection sociale fait le bonheur des détenteurs de capitaux. il relève surtout le double discours des politiques qui encouragent les chefs d’entreprises à embaucher, tout en limitant, voire en réduisant, l’emploi dans le secteur public. C’est pourquoi il reste dubitatif quant aux mesures qui seront adoptées dans les prochains mois.

  Cependant, il n’y a pour lui aucune fatalité : nous sommes à la croisée des chemins. Le propos est volontariste et il reste volontiers optimiste. Autant dire que la lecture de ce livre s’impose plus que jamais aujourd’hui !

La Force de l’ordre,

par Didier Fassin.                                                                                 

L’achat de cet ouvrage par le CDHMOT peut surprendre car il ne semble pas, a priori, correspondre à ses objectifs. L’auteur est universitaire en sciences sociales. Il a pu mener, en 2005-2006, une enquête d’observations au sein d’un groupe de policiers dans une banlieue française. Et, désireux de les confronter à celles d’une autre unité, il a renouvelé sa demande en 2007. Mais malgré une obstination infinie, il n’a pu, depuis, refaire le même travail. Pourquoi ? L’auteur répond à cette question en s’appuyant sur ses premières observations et sur l’analyse de discussions avec les policiers et d’autres acteurs. Il démêle la part du réel du de l’imaginaire sur les banlieues. Bien moins agitées qu’on ne le dit, il y voit d’abord des espaces caractérisés par leur taux de chômage, la faiblesse des revenus et la ségrégation. Il montre surtout comment la banalisation du discours sur « la guerre » (contre la délinquance, la drogue, la criminalité…) entraîne des évènements d’une violence disproportionnée avec le moindre incident. Il en apporte des exemples précis. Il montre le vécu de policiers qui ont intériorisé ce discours au point de considérer les banlieues comme des territoires de guerre. D’une guerre, donc, sans fin dont les habitants font les frais. L’équation « classes laborieuses, classe dangereuse » n’en finit pas de sévir.

                     LARZAC,

par Pierre-Marie Terral.                                           

 

                    De la lutte paysanne

                     à l’Altermondialisme

L’ouvrage présenté ci-contre est une thèse universitaire. Parmi ses mérites, retenons d’abord une lisibilité qui plaira à tous ceux et celles qui, sans être spécialistes, s’intéressent à l’Histoire du Temps Présent. Un autre mérite de ce travail est d’avoir confronté de manière très précise sources écrites et mémoire des acteurs. Les deux tiers de la recherche défrichent les épisodes de la lutte contre l’extension du camp militaire. On sera particulièrement intéressé par l’analyse des réponses collectives mises en œuvre, de 1971 à 1981, par des paysans soudés et inventifs. Une expression symbolise bien le problème posé aux 103 : « unité ou unanimité ? » La suite de l’ouvrage montre comment « le foyer contestataire [est] devenu bastion altermondialiste ». Mais la question ne tourne pas seulement autour d’un José Bové devenu symbole médiatique. L’auteur situe d’abord l’ancrage de la lutte dans une série de révoltes occitanes mythifiées. Il recherche aussi l’origine de toutes les solidarités manifestées par les paysans du Larzac. Ainsi l’on est étonné d’apprendre comment est née la solidarité avec la lutte du peuple kanak, pour ne citer qu’un exemple. On appréciera aussi la recherche sur les effets secondaires de la lutte en Aveyron et à Millau notamment.

Xavier Vigna. Histoire des ouvriers en France au XXe siècle.

Une synthèse qui se place dans le cadre du renouvellement de l’hstoire ouvrière après celle d’Alain Dewerpe sur Le monde du travail en France, 1800-1950 (A.Colin, 1989) et de Gérard Noiriel sur Les ouvriers dans la société française, XIX-XXe s (Le Seuil, 1986).

Une thèse qui interroge non pas la disparition de la classe ouvrière mais sa recomposition, sa fragmentation et sa dissolution ces trente dernières années. Une recherche historique et sociologique, axée sur trois fils problématiques :

Faire une histoire des ouvriers, du quotidien de la classe ouvrière, des expériences ouvrières dans leur diversité. Prendre en considération les hommes et les femmes, les nationaux des grands bastions industriels comme ceux de la ruralité industrieuses, les immigrés inscrits dans le monde populaire des France urbaine et rurale, et leurs circulations. Proposer une histoire de la centralité ouvrière, de l’importance cardinale du monde ouvrier en mesure de peser sur le développement du pays, voire d’en décider, d’en faire l’une des questions politiques centrales.

Le XXe siècle est un siècle ouvrier, par l’importance numérique de la classe atteinte dans la fin des anneés soixante, par l’expression de ses organisations, et de la contenance de leur inscription dans le champ politique et social.

Au rythme de la désindustrialisation et des délocalisations opérées depuis les années soixante-dix et la mondialisation, on pourra s’interroger sur l’actualité du débat, que reste t’il de la classe ouvrière?

Ci-dessous la liste

de toutes nos acquisitions en 2011.

Celles-ci peuvent naturellement

être empruntées

à la Médiathèque Benjamin-Rabier.

ouvrages acquis en 2011

 

 

 

    

      

        

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