EN GUERRE!

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Soirée ciné-débat au Concorde

le lundi 8 octobre 2018

avec le film En guerre de Stéphane Brizé

(sorti en mai 2018 au festival de Cannes)

Le lundi 8 octobre, dans le cadre de la programmation « C’est mai toute l’année » en partenariat avec d’autres associations de La Roche-sur-Yon, le CDHMOT proposait le film de Stéphane Brizé En guerre sorti en mai dernier, et présenté en compétition au dernier festival de Cannes.

Notre association poursuit ainsi son projet de mettre en avant des films qui retracent des luttes ouvrières dans les entreprises, et notre soirée avec En guerre venait à la suite d’autres combats menés par les ouvriers et évoqués notamment par des films comme La bataille de Florange (programmé le 10 mai 2017) ou encore Comme des Lions (programmé le 4 octobre 2016). Le point commun entre ces trois films est la défense d’emplois menacés : Comme des Lions et La bataille de Florange racontent deux ans de combats des salariés de PSA et des Arcelor-Mittal contre la fermeture de leur usine qui sera malheureusement définitive en avril 2013  et avril 2014, En guerre reprend le modèle de la lutte, mais cette fois sous la forme d’une fiction où l’usine, les ouvriers, les combats sont créés par le scénario du film.

Pour le débat, nous avions un syndicaliste de La Roche, conseiller prud’homme, Yves-Marie Groussin. Merci à lui pour sa présence dans l’animation qui suivit le film.

La quarantaine de personnes qui ont assisté à la projection ont surtout été marquées par la violence des luttes dans l’entreprise imaginée par le cinéaste. Violence aussi bien verbale que physique, entre les affrontements entre ouvriers sur la stratégie à adopter face aux cadres de l’entreprise, ou sur la poursuite de la grève et sous quel mode, entre représentants syndicaux et cadres lors des réunions de négociations avec les employeurs, entre les ouvriers et la police lors du siège du patronat. Cette violence est l’image réelle d’un conflit long et dur, où les enjeux sont considérables et vitaux pour le monde ouvrier. Le scénario du film retrace au plus près la réalité d’un conflit et pour cela le réalisateur a recueilli de nombreux témoignages auprès d’avocats, d’experts, de patrons, d’ouvriers et notamment d’un délégué syndical en la personne de Xavier Matthieu (leader de la lutte des Conti) qui figure au générique du film. La force de la fiction, dans le cas d’ En guerre par rapport au film documentaire est que la caméra peut s’inviter à la table des négociations ou dans le secret des réunions syndicales. Et c’est donc l’immense intérêt de ce film que de nous faire croire tout ce que l’on voit alors que tout a été préparé et mis en scène. Seul Vincent Lindon est acteur professionnel, la plupart des autres acteurs sont non-professionnels mais ont une grande expérience de leur rôle car ils sont cadres d’entreprise ou ouvriers d’usine dans leur vie quotidienne.

En guerre est un film engagé car il met en scène le scénario devenu maintenant classique d’une entreprise qui annonce des bénéfices record et en même temps engage une procédure de licenciement de 1100 salariés, un film qui prend parti pour la défense du maintien du site et des emplois. Il faut saluer ici une nouvelle fois, la collaboration de Stéphane Brizé et de Vincent Lindon, tous deux co-producteurs donc financeurs du film, et l’engagement personnel de l’acteur dans le choix du rôle d’un délégué syndical qu’il porte avec empathie et fierté. Vincent Lindon qui déclare dans une interview « en faisant ce film, j’ai découvert ce qu’il faut faire à des gens pour qu’ils en arrivent à déchirer la chemise d’un cadre d’Air France, je l’ai compris avec le sujet du film, avec ces ouvriers qui ont participé au film et qui sont d’une richesse inouïe ».

En guerre est né de l’imagination de Stéphane Brizé, mais des entreprises Perrin, il y en a partout, hier, aujourd’hui et demain. Le film mérite bien son titre, c’est la guerre des classes au quotidien.

Gabriel Bory

 

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De grands soirs en petits matins…

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Conférence de Ludivine BANTIGNY

Maîtresse de conférences à l’Université Rouen-Normandie

en Histoire contemporaine

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir « tordu » le cou au mythe de la croissance et de la prospérité

pour tous des Trente Glorieuses, Ludivine Bantigny s’est attachée à

cerner les signes avant-coureurs de Mai-Juin 68 dès les années de grèves

et de tensions de 1966-1967. Elle a laissé toute sa place -centrale-

au mouvement social et ses 10 millions de grévistes pour le resituer

dans la solidarité avec le mouvement  étudiant et lui donner le sens

d’un « événement-monde » dans un cadre international et transnational.

Sans négliger la place des femmes et les enjeux politiques ni la réaction.

Passionnante conférence qui repose sur une analyse des archives glanées

dans toute la France et qui restitue, en profondeur, toute la réalité,

la complexité de « 68 »au-delà des modes et du balayage  journalistique

de certains. Une bonne manière de clore notre cycle « 68, côté province ».

La conférence, filmée, sera disponible auprès du CDHMOT.

Balade contée dans le quartier des cheminots

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Une quarantaine de personnes a suivi l’initiative de l’association

CHEMINOTS-OUEST ce samedi 16 juin,

tout  au long du « boulevard

des Marchandises » (Ml Leclerc).

De l’ancien octroi et la boulangerie

coopérative des cheminots

aux traces de l’industrialisation (Eleveurs

vendéens, Lassailly-Bichebois, Gendreau,

minoterie Bardot…) du début du XXème siècle

que permit l’installation de la passerelle en

1908, jusqu’aux Forges…

Une plongée dans ce quartier cheminot

resté jusqu’ici populaire et authentique!

CONFERENCE : Féministes locales d’hier

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Une cinquantaine de personnes assistaient ce jeudi à Niort

Les organisateurs

à la conférence organisée au Musée d’Agesci par l’Université

populaire du Niortais et l’association Impulsions Femmes.

Consacrée aux pionnières du féminisme ,

que furent Séraphine Pajaud, Marguerite Brunet (Martin)

et Louise Métay, dans nos régions.

Florence Regourd pour le CDHMOT et

Albéric Verdon, biographe de Marguerite Martin, ont

présenté ces trois figures de militantes et dédicacé

Les conférenciers

leur ouvrage paru chez Geste:

« 14-18: Les femmes en Poitou et en Charentes ».

REPRISE Compte rendu du film d’Hervé Le Roux jeudi 3 mai 2018

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Dans le cadre d’une rétrospective sur mai 68 en Vendée, le CDHMOT organisait le jeudi 3 mai au Concorde la projection du film d’Hervé Le Roux « Reprise ». La durée du film (3 h 20) ne nous a pas permis d’organiser un débat, mais la présentation pertinente de Florence Regourd a bien resitué le film dans le contexte de mai 68 et du cinéma militant de l’époque.

Reprise est d’abord une curiosité, un film rare et devenu pratiquement invisible en salle (1). Son point de départ est un des documents visuels les plus précieux qu’il reste de mai 68, un court documentaire filmé par deux étudiants de l’IDHEC intitulé « Reprise du travail aux usines Wonder», tourné le 10 juin 1968. Ce jour-là les grèves ouvrières touchent à leur fin, les accords de Grenelle ont été signés le 27 mai, les centrales syndicales appellent à la reprise du travail comme ici chez le constructeur des piles Wonder, à Saint-Ouen, dans la banlieue nord de Paris. Le documentaire des étudiants nous montre les ouvrières qui réintègrent leur usine après plusieurs semaines de grève avec occupation, et il met l’accent sur l’une d’entre elles qui refuse avec colère de reprendre le travail. Elle crie sa révolte et dénonce les conditions de travail avant les grèves, la saleté, le mépris, la déconsidération qui règnent au sein de l’usine.

C’est ce documentaire qui constitue le point de départ du film d’Hervé Le Roux en 1996. Le cinéaste part à la recherche des personnes aperçues dans le documentaire et notamment de la jeune ouvrière en colère. Il en retrouve certaines : militants syndicalistes, élu, étudiant, ouvrières qui près de trente ans après les événements évoquent face à la caméra, mai 68, leur travail chez Wonder, les luttes sociales, les conditions de travail, la hiérarchie, la fermeture de l’usine de Saint-Ouen.

Il ne retrouvera pas la jeune ouvrière en colère.

Reprise est sous-titré « un voyage au cœur de la classe ouvrière » ; en effet, le film d’Hervé Le Roux s’avère être un extraordinaire témoignage sur le mouvement social de mai 68 et ses implications dans la classe ouvrière. Mais, si on voit très peu des événements en eux-mêmes, les manifestations à Paris, les barricades, les réunions politiques et syndicales, par contre, ce que les témoins relatent, c’est leur vécu au jour le jour dans l’entreprise Wonder : les horaires de travail (on est encore à bien plus de 40 heures par semaine), le travail à la chaîne avec les cadences parfois difficiles à suivre, des salaires insuffisants, le manque de pause (à peine 5 minutes en 4 heures), le pouvoir presque absolu du chef d’atelier, l’absence de syndicat (sauf le syndicat-maison), la hiérarchie au sein de chaque atelier (avec notamment la « première » ouvrière), le paternalisme (chaque ouvrière peut rencontrer très facilement le patron pour résoudre ses problèmes « même si ça ne concerne pas le travail »), la saleté et le manque d’hygiène de certains postes « les plus difficiles », etc.

Un des grands intérêts de Reprise est de nous montrer par le discours des témoins la réalité d’une usine de banlieue ouvrière, traversée par mai 68, ce qu’elle était avant, comment elle a vécu pendant et ce qu’elle est devenue après. Un mai 68 au quotidien dans une entreprise occupée. Et c’est là où le discours de la jeune ouvrière en colère prend toute sa force, non seulement dans le refus de ce travail, mais dans le refus de reprendre ce travail car elle a compris, comme le laissent deviner les témoins, en dépit des accords de Grenelle qui sont évoqués, que rien ne va changer aux usines Wonder. Cette jeune ouvrière en colère exprime à sa façon les causes profondes du mai 68 ouvrier et son bilan immédiat, les espoirs de la classe ouvrière et aussi l’immense désillusion qui suivit.

Reprise est aussi un grand moment de cinéma. Le cinéaste intrigué par une archive de mai 68 filmé par des élèves de l’IDHEC le 10 juin, a voulu en savoir plus sur la jeune ouvrière en colère. C’est le point de départ de son film. Il mène cette recherche comme une enquête policière cernant d’abord les personnes apparaissant autour de la jeune fille, plus élargissant le cercle à d’autres ouvrières et ouvriers de Wonder. Cette recherche l’amène à évoquer par image notamment le Saint-Ouen contemporain où l’usine Wonder est devenue comme d’autres une friche industrielle. Des images saisissantes montrent la banlieue nord de Paris comme un symbole de la désindustrialisation programmée de la France.

Le montage du film est remarquable. La séquence où la jeune fille crie sa colère est régulièrement reprise tout au long de l’avancée de l’enquête, mais chaque fois avec un éclairage différent où l’accent est mis plutôt sur un personnage, une voix, un dialogue, un sentiment. Cette séquence est projetée aux différents témoins interviewés et confère une unité au récit.

La longueur du film n’est pas un handicap. Elle se justifie pleinement car elle permet aux témoins de parler, sans obstacle, sans interruption du cinéaste, de revivre leur passé, de chercher dans leur mémoire. Le cinéaste laisse le temps s’écouler à son rythme.

Reprise fait d’une ouvrière inconnue une héroïne révoltée, du monde ouvrier une classe meurtrie mais fière. Au-delà de l’exemple de Wonder et de mai 68, le film pose des interrogations douloureuses sur la lente agonie de la classe ouvrière : qui en est responsable ?

Gabriel Bory

1 – le film est sorti en DVD en 2004 aux éditions Montparnasse

 

« 68 dans les campagnes » Conférence

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Ce qui se cache derrière mai 68

Conférence de Jean-Philippe Martin 

« 68 dans les campagnes »

Médiathèque Benjamin Rabier à la Roche-sur-Yon le 25 avril 2018

Une vidéo de 3 minutes tournée par la BBC le 8 mai montre un journaliste anglais au milieu des tracteurs et des paysans qui convergent vers le centre de Nantes. Loin de Paris, programmé depuis un an, ce rassemblement qui se déroule dans toutes les villes de l’Ouest à l’appel des organisations syndicales ouvrières et paysannes, manifeste avec pour slogan « L’Ouest veut vivre » : pour la défense de l’emploi, l’amélioration des salaires et la non-prolétarisation des paysans.

 

Pour Jean-Philippe Martin, les événements de 68, il faut les appeler « années 68 » parce que commencées bien avant dans la Bretagne par les crises du lait, de la volaille, etc. Avec l’arrivée d’une nouvelle génération formée à la JAC pour les paysans (et à la JOC pour certains ouvriers), des liens se créent. La crise de la chaussure à Fougères et, à Saint-Nazaire aux chantiers navals en 1967, voit se développer la solidarité entre ouvriers et paysans et aussi en Vendée dans les années 1970 .

                 Jean-Philipe Martin nous décrit un Bernard Lambert organisateur, formé à la JAC avec Michel Debatisse et Roger Lacombe, tous les deux futurs présidents de la FNSEA.

Bernard Lambert est au secrétariat de la FRSEAO syndicat unitaire agricole dans l’Ouest, il rompt avec les habitudes de ses prédécesseurs, notables traditionnels ; il organisera plus tard le groupe des « Paysans travailleurs ». Il milite au PSU et écrit en 1970 au Seuil : « Les paysans dans la lutte des classes », préfacé par Michel Rocard.

Dans les années 1970 apparaît le rôle des femmes, central au moment de la traite dans les exploitations, et qui s’investissent tout particulièrement dans la mobilisation.

Les viticulteurs du Languedoc, bien loin de 68, vont dans les années 1970 copier les luttes de l’Ouest. Ils produisent de trop, et pas de très bonne qualité. Pour arriver à une modernisation du vignoble, les viticulteurs ont organisé des rassemblements, expéditions-commando avec destructions de caves, quelques attentats; tout se termine par une fusillade qui fait deux morts, un CRS et un vigneron.

Il faut lire le livre de Jean-Philippe Martin : « des Mai 68 dans les campagnes Françaises? Les luttes paysannes dans les années 1968 » ( L’Harmattan, 2017), et aussi, bien sûr, celui de Jean-Marc Herreng : « Vingt ans de luttes paysannes en Vendée » (éditions du CHT), pour creuser les sillons des années 68.

Gérard Clautour

Vous pouvez lire les ouvrages  de Jean-Philippe Martin et de Jean-Marc Herreng déposés à la Médiathèque Benjamin-Rabier de La Roche-sur-Yon, dans le fonds du CDHMOT.

Vous avez raté la conférence ? Vous pouvez consulter la vidéo réalisée par Ripardière Productions que nous mettrons prochainement sur le site.

SAIGNEURS projeté le 19 février

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Film de  Raphaël Girardot et Vincent Gaullier de 2017 

projeté par le CDHMOT  le 10 février au Concorde à la Roche-sur-Yon

 

Plus de quarante spectateurs ont assisté à cette projection,

puis en ont débattu.

Un aperçu  assez détaillé des conditions de travail

dans une chaîne d’abattage,

des difficultés rencontrées par les salariés de ce secteur d’activité,

a maintenu leur attention  de bout en bout.

Ce travail quasiment  « invisible » et inconnu, montré à un large public

a été développé dans le débat. Si on peut regretter l’absence de responsables du film

(réalisateurs, producteur, retenus au dernier moment), ce sont cinq salariés

de deux abattoirs de Vendée qui ont transmis le vécu profond de leurs collègues.

Nombre d’aspects ont ainsi été abordés au plus près de l’activité :

EPI  (équipements de protection individuels), dangers divers des outils,

bruits dus essentiellement aux installations métalliques : crochets qui s’entrechoquent,

circulation sur les rails de la chaîne, sirènes. Mais le risque le plus important

dans ces métiers physiques, ce sont les TMS (troubles musculo-squelettiques).

Le film débute en silence montrant un salarié effectuant des exercices d’échauffement,

donnant tout à la fois la mesure de ce qu’il faut affronter, et les tentatives d’en diminuer

les conséquences. Ces séquences ponctuent régulièrement ce document,

donnant un certain rythme, et ajoutant une pointe d’esthétique !

On aura noté les cadences  élevées, que des pauses – de fait réduites –

ne permettent pas le plus souvent d’assumer.

Les salariés ont répondu aux nombreuses questions, que ce soit

sur des améliorations possibles ou sur les difficultés pour faire remonter

la connaissance et l’étude des conditions de travail mais également

sur le devenir des salariés ne pouvant plus exercer dans ces métiers.

La réforme récente des institutions représentatives du personnel,

dont les CHSCT, va amoindrir les possibilités revendicatives dans ces domaines.

Les syndicalistes des abattoirs

Cette soirée fut sans doute  pour beaucoup  une découverte,

complétée par une réflexion sur la plupart des points difficiles.

Que tous les participants en soient remerciés.

Jean Regourd

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