REPRISE Compte rendu du film d’Hervé Le Roux jeudi 3 mai 2018

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Dans le cadre d’une rétrospective sur mai 68 en Vendée, le CDHMOT organisait le jeudi 3 mai au Concorde la projection du film d’Hervé Le Roux « Reprise ». La durée du film (3 h 20) ne nous a pas permis d’organiser un débat, mais la présentation pertinente de Florence Regourd a bien resitué le film dans le contexte de mai 68 et du cinéma militant de l’époque.

Reprise est d’abord une curiosité, un film rare et devenu pratiquement invisible en salle (1). Son point de départ est un des documents visuels les plus précieux qu’il reste de mai 68, un court documentaire filmé par deux étudiants de l’IDHEC intitulé « Reprise du travail aux usines Wonder», tourné le 10 juin 1968. Ce jour-là les grèves ouvrières touchent à leur fin, les accords de Grenelle ont été signés le 27 mai, les centrales syndicales appellent à la reprise du travail comme ici chez le constructeur des piles Wonder, à Saint-Ouen, dans la banlieue nord de Paris. Le documentaire des étudiants nous montre les ouvrières qui réintègrent leur usine après plusieurs semaines de grève avec occupation, et il met l’accent sur l’une d’entre elles qui refuse avec colère de reprendre le travail. Elle crie sa révolte et dénonce les conditions de travail avant les grèves, la saleté, le mépris, la déconsidération qui règnent au sein de l’usine.

C’est ce documentaire qui constitue le point de départ du film d’Hervé Le Roux en 1996. Le cinéaste part à la recherche des personnes aperçues dans le documentaire et notamment de la jeune ouvrière en colère. Il en retrouve certaines : militants syndicalistes, élu, étudiant, ouvrières qui près de trente ans après les événements évoquent face à la caméra, mai 68, leur travail chez Wonder, les luttes sociales, les conditions de travail, la hiérarchie, la fermeture de l’usine de Saint-Ouen.

Il ne retrouvera pas la jeune ouvrière en colère.

Reprise est sous-titré « un voyage au cœur de la classe ouvrière » ; en effet, le film d’Hervé Le Roux s’avère être un extraordinaire témoignage sur le mouvement social de mai 68 et ses implications dans la classe ouvrière. Mais, si on voit très peu des événements en eux-mêmes, les manifestations à Paris, les barricades, les réunions politiques et syndicales, par contre, ce que les témoins relatent, c’est leur vécu au jour le jour dans l’entreprise Wonder : les horaires de travail (on est encore à bien plus de 40 heures par semaine), le travail à la chaîne avec les cadences parfois difficiles à suivre, des salaires insuffisants, le manque de pause (à peine 5 minutes en 4 heures), le pouvoir presque absolu du chef d’atelier, l’absence de syndicat (sauf le syndicat-maison), la hiérarchie au sein de chaque atelier (avec notamment la « première » ouvrière), le paternalisme (chaque ouvrière peut rencontrer très facilement le patron pour résoudre ses problèmes « même si ça ne concerne pas le travail »), la saleté et le manque d’hygiène de certains postes « les plus difficiles », etc.

Un des grands intérêts de Reprise est de nous montrer par le discours des témoins la réalité d’une usine de banlieue ouvrière, traversée par mai 68, ce qu’elle était avant, comment elle a vécu pendant et ce qu’elle est devenue après. Un mai 68 au quotidien dans une entreprise occupée. Et c’est là où le discours de la jeune ouvrière en colère prend toute sa force, non seulement dans le refus de ce travail, mais dans le refus de reprendre ce travail car elle a compris, comme le laissent deviner les témoins, en dépit des accords de Grenelle qui sont évoqués, que rien ne va changer aux usines Wonder. Cette jeune ouvrière en colère exprime à sa façon les causes profondes du mai 68 ouvrier et son bilan immédiat, les espoirs de la classe ouvrière et aussi l’immense désillusion qui suivit.

Reprise est aussi un grand moment de cinéma. Le cinéaste intrigué par une archive de mai 68 filmé par des élèves de l’IDHEC le 10 juin, a voulu en savoir plus sur la jeune ouvrière en colère. C’est le point de départ de son film. Il mène cette recherche comme une enquête policière cernant d’abord les personnes apparaissant autour de la jeune fille, plus élargissant le cercle à d’autres ouvrières et ouvriers de Wonder. Cette recherche l’amène à évoquer par image notamment le Saint-Ouen contemporain où l’usine Wonder est devenue comme d’autres une friche industrielle. Des images saisissantes montrent la banlieue nord de Paris comme un symbole de la désindustrialisation programmée de la France.

Le montage du film est remarquable. La séquence où la jeune fille crie sa colère est régulièrement reprise tout au long de l’avancée de l’enquête, mais chaque fois avec un éclairage différent où l’accent est mis plutôt sur un personnage, une voix, un dialogue, un sentiment. Cette séquence est projetée aux différents témoins interviewés et confère une unité au récit.

La longueur du film n’est pas un handicap. Elle se justifie pleinement car elle permet aux témoins de parler, sans obstacle, sans interruption du cinéaste, de revivre leur passé, de chercher dans leur mémoire. Le cinéaste laisse le temps s’écouler à son rythme.

Reprise fait d’une ouvrière inconnue une héroïne révoltée, du monde ouvrier une classe meurtrie mais fière. Au-delà de l’exemple de Wonder et de mai 68, le film pose des interrogations douloureuses sur la lente agonie de la classe ouvrière : qui en est responsable ?

Gabriel Bory

1 – le film est sorti en DVD en 2004 aux éditions Montparnasse

 

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FILM REPRISE « Un voyage au coeur de la classe ouvrière »

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Le 10 juin 1968, des étudiants en cinéma (Jacques WillemontPierre Bonneau et quelques autres élèves de l’IDHEC, eux aussi en grève) filment la reprise du travail aux usines Wonder de Saint-Ouen dans un plan-séquence de 16 mn.

Une jeune ouvrière dit quelle ne rentrera pas. Près de 30 ans après, la recherche de cette femme anime le film documentaire d’Hervé Le Roux, sorti en 1996.

Reprise est sous-titré :   « Un voyage au cœur de la classe ouvrière ».

Exceptionnel dans la filmographie inspirée de 1968 et représentatif du travail du réalisateur, mort à Poitiers en 2017.

AU CONCORDE à 19h30 précises ! (180mn)

Tarif réduit : 5,90 €

Dans le cadre de « C’est mai toute l’année »…  organisé par le CDHMOT dans le cycle

 « 68 » côté province

                            

                                  

 

Cycle « 68 côté province »

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Conférences, exposition, film,

suivez le cycle « 68 côté province »

à partir du mardi 24 avril jusqu’au mercredi 20 juin

CYCLE 68 côté province présentation

68 dans les campagnes-Roche-Yon

 

SAIGNEURS projeté le 19 février

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Film de  Raphaël Girardot et Vincent Gaullier de 2017 

projeté par le CDHMOT  le 10 février au Concorde à la Roche-sur-Yon

 

Plus de quarante spectateurs ont assisté à cette projection,

puis en ont débattu.

Un aperçu  assez détaillé des conditions de travail

dans une chaîne d’abattage,

des difficultés rencontrées par les salariés de ce secteur d’activité,

a maintenu leur attention  de bout en bout.

Ce travail quasiment  « invisible » et inconnu, montré à un large public

a été développé dans le débat. Si on peut regretter l’absence de responsables du film

(réalisateurs, producteur, retenus au dernier moment), ce sont cinq salariés

de deux abattoirs de Vendée qui ont transmis le vécu profond de leurs collègues.

Nombre d’aspects ont ainsi été abordés au plus près de l’activité :

EPI  (équipements de protection individuels), dangers divers des outils,

bruits dus essentiellement aux installations métalliques : crochets qui s’entrechoquent,

circulation sur les rails de la chaîne, sirènes. Mais le risque le plus important

dans ces métiers physiques, ce sont les TMS (troubles musculo-squelettiques).

Le film débute en silence montrant un salarié effectuant des exercices d’échauffement,

donnant tout à la fois la mesure de ce qu’il faut affronter, et les tentatives d’en diminuer

les conséquences. Ces séquences ponctuent régulièrement ce document,

donnant un certain rythme, et ajoutant une pointe d’esthétique !

On aura noté les cadences  élevées, que des pauses – de fait réduites –

ne permettent pas le plus souvent d’assumer.

Les salariés ont répondu aux nombreuses questions, que ce soit

sur des améliorations possibles ou sur les difficultés pour faire remonter

la connaissance et l’étude des conditions de travail mais également

sur le devenir des salariés ne pouvant plus exercer dans ces métiers.

La réforme récente des institutions représentatives du personnel,

dont les CHSCT, va amoindrir les possibilités revendicatives dans ces domaines.

Les syndicalistes des abattoirs

Cette soirée fut sans doute  pour beaucoup  une découverte,

complétée par une réflexion sur la plupart des points difficiles.

Que tous les participants en soient remerciés.

Jean Regourd

Ciné-Débat « SAIGNEURS » au Concorde le lundi 19 février 20h30

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Le film « SAIGNEURS » de Raphaël Girardot et Vincent Gaullier

sera projeté le lundi  19 février au Concorde à 20h30

( tarif unique : 5,90€)

 

 

en présence du producteur 

Matthieu de la Borde et

de syndicalistes des abattoirs.

Film présenté par le CDHMOT.

 

DES BOBINES ET DES HOMMES…

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Carton plein ce lundi 20 novembre au Concorde pour la projection

DES BOBINES ET DES HOMMES de Charlotte Pouch et le court-métrage

Charlotte Pouch et Martin Renard: Les réalisateurs

Les représentants des associations organisatrices

de Martin Renard et Julie Lacaze  MADE IN ROUBAIX,

présentés dans le cadre du collectif « C’est Mai toute l’année »

par le CDHMOT et les UPPY.

Autant dire de suite que le documentaire de Charlotte Pouch

est une véritable œuvre cinématographique,

avec ses personnages : les tricoteurs, les apprêteurs de l’usine Bel-Maille 

de Roanne,  « la perle du textile européen »,

la secrétaire, le patron et…les machines !

Avec son intensité dramatique : comment ce patron-voyou qui,

depuis sa reprise de l’entreprise, tout en répétant son leitmotiv

« Mon objectif ? Pérenniser le savoir-faire dans son ancrage local »

auquel il ne croit pas, en licenciant la moitié du personnel en cinq ans,

en créant une holding financière qui « siphonne » les bénéfices

de l’entreprise à son seul profit, est en train de l’abandonner à son sort.

C’est la chronique d’une mort annoncée pour la soixantaine de salariés

qui se retrouvent, impuissants, après l’annonce de la liquidation judiciaire

et l’éphémère illusion d’un possible repreneur.

Avec sobriété mais avec empathie, au rythme des machines à tricoter,

Charlotte Pouch filme au plus près ces travailleurs qui,

jusqu’au bout, entretiennent les machines, protègent l’outil de production

quand c’est le patron lui-même qui le saborde !

CINE-DEBAT : DES BOBINES ET DES HOMMES

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Film documentaire de Charlotte Pouch

présenté le lundi 20 novembre

à 20h30 au CONCORDE

dans le cadre de « C’est Mai toute l’année« 

en présence de la réalisatrice

En juin 2014, le patron de l’usine textile Bel Maille, leader européen de la création

et de la fabrication de tissus en maille pour l’habillement, la lingerie, le maillot de bain

et les tissus techniques, annonce à ses ouvriers le redressement judiciaire de l’entreprise.

Au moment où Olivier Lousteau tourne son film de fiction « La fille du patron »

dans l’usine, située  près de Roanne dans la Loire, les ouvriers découvrent la situation.

Le réel rattrape la fiction. Au rythme des machines, Charlotte Pouch qui s’est

intégrée durant six mois dans l’usine , dresse la chronique de ces quelques mois

où la soixantaine de salariés affronte la réalité sans se résigner.

Tarif unique: 5,90 €

 

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